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La France ne peut se dérober à ses responsabilités en Méditerranée.

(La Croix, Mercredi 24 juin 2020)

La France a vocation à être exemplaire dans la définition et l’application d’une politique migratoire généreuse. Or, depuis une vingtaine d’années, les gouvernements successifs ont échoué à déployer une stratégie conforme à l’idéal d’une nation ouverte et humaniste.

Historiquement, la France est un formidable creuset migratoire. On ne compte plus les communautés d’étrangers, parmi lesquels les Italiens, qui ont fait ce pays.

Géographiquement, disposant d’un territoire à la densité de population plus faible que celle de ses voisins du G7 (l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie), la France compte de nombreuses contrées en quête d’une revitalisation démographique.

Philosophiquement, la France se revendique comme le berceau des Lumières, prônant un universalisme et un humanisme qui, greffés dans le socle civilisationnel judéo-chrétien, amènent vers le respect et l’accueil de l’étranger.

Diplomatiquement, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France est très tournée vers les grandes questions géopolitiques de l’époque, dont le défi migratoire planétaire.

La France ressemble donc bien au portrait-robot de la nation ayant vocation à devenir exemplaire et innovante dans sa politique d’accueil.

Pourtant, on le sait, la réalité est bien moins idyllique. Il est triste de lire que le plus grand regret politique de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing est d’avoir accordé le regroupement familial aux immigrés de façon inconditionnelle…

Il est surtout désolant de constater que la France peine à déployer les moyens nécessaires pour trouver une solution durable au drame des réfugiés africains et asiatiques amassés tout autour du littoral de Calais, le long du boulevard périphérique nord parisien, ou à la frontière avec l’Italie.

Devenus chroniques, des brasiers humanitaires aussi insupportables renforcent l’impression que les gouvernements français de ces vingt dernières années ont parfois dévoyé leurs valeurs républicaines en se fabriquant de faux alibis. Sans cesse relancé et tournant bien souvent en rond, le débat sur l’opportunité ou pas d’avoir des quotas de migrants a pu ressembler à un écran de fumée.

Pourtant, par exemple, en commençant à répondre à l’appel de la communauté de Sant’Egidio pour ouvrir des corridors aériens humanitaires à partir des camps de réfugiés syriens au Liban, la France a déjà prouvé qu’elle peut être efficace et pragmatique, si elle le veut.

Aujourd’hui, le président Emmanuel Macron sait que son ambition de relancer la construction européenne est vouée à l’échec s’il ne prend pas à bras-le-corps l’urgence humanitaire en Méditerranée. Urgence, d’ailleurs, à l’origine de tant de crispations entre Paris et Rome.

Certes, la montée constante de l’extrême droite et des populismes a certainement conditionné la politique migratoire des gouvernements français de ces vingt dernières années. Mais pour autant, la peur d’être soi-même, à savoir une nation ouverte et humaniste, n’a jamais vaincu la xénophobie.

La France est attendue par ses voisins sur ce front où se joue l’honneur de l’Union européenne. Avec une certitude à la clé : la tentation de se dérober à ses responsabilités en Méditerranée est pour la France l’ennemi le plus sournois à vaincre. Sans tarder.

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