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L’Allemagne veut régulariser ses déboutés de l’asile

L’Allemagne veut régulariser ses déboutés de l’asile

Jean-Baptiste François; La Croix du 7 juillet 22

Le gouvernement allemand a adopté, mercredi 6 juillet, un projet de loi de régularisation des étrangers qui n’ont pas obtenu le statut de réfugié, à condition de montrer des signes d’insertion.

Le chancelier Olaf Scholz semble vouloir garder le cap d’une politique d’immigration ouverte, malgré le ralentissement de l’économie et l’inflation. Dans le contrat de coalition signé fin 2021 aux côtés des Verts et des libéraux, il défendait une gestion « prévoyante et réaliste » des flux migratoires, avec l’accueil de 400 000 étrangers par an. Cela commencera par la régularisation des personnes déjà arrivées sur le territoire, dont la demande d’asile a été rejetée, mais qui pourraient très bien trouver leur place dans le pays.

Mercredi 6 juillet, le gouvernement allemand a adopté un projet de loi allant dans ce sens et qui simplifie l’intégration des étrangers dits « tolérés », ni expulsables ni intégrables sur le marché du travail, faute de droits. L’Allemagne compte sur son sol près de 130 000 étrangers présents depuis au moins cinq ans, mais qui rencontrent des obstacles à leur insertion.

Dans un premier temps, ils obtiendront un titre d’un an, afin de prouver qu’ils peuvent réunir les moyens de subsistance adéquats. Ce n’est qu’après cette « période d’essai » qu’ils pourront accéder à un visa long séjour. Le regroupement familial leur sera alors facilité. Quant aux demandeurs d’asile, il leur sera plus aisé de s’inscrire aux cours d’intégration et de langue professionnelle. En contrepartie de tout cela, les expulsions des personnes ne remplissant pas les critères fixés seront renforcées. En 2021, l’Allemagne est le pays européen ayant reçu le plus de demandes d’asile (191 000), devant la France (121 000), l’Espagne (65 000), et l’Italie (53 000).

Le pays de 83 millions d’habitants, en déclin démographique, manque de main-d’œuvre qualifiée dans l’industrie, alors qu’une légère reprise des commandes intervient. Le projet de loi prévoit de faciliter l’insertion professionnelle dans des métiers en tension, dans le domaine médical notamment. Les réfugiés diplômés dans leur pays pourront soigner d’autres candidats à l’exil, le temps que leur qualification soit officiellement reconnue.

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Des patrons plaident pour la régularisation des travailleurs sans papiers, de Paris au Pays basque

Par Julia Pascual Publié dans Le Monde le 29 juin 2022 à 04h04

Face aux pénuries de main-d’œuvre dans la restauration ou le bâtiment, de plus en plus d’employeurs défendent un meilleur accès aux titres de séjour.

Avec bagou et passion, souvent une cigarette roulée entre ses doigts, Etienne Guerraud parle des heures de son affaire, la « dernière grande brasserie indépendante de Paris ». Pour faire tourner Le Café du Commerce, dans le 15e arrondissement, il recourt depuis des années à une main-d’œuvre étrangère. « Sans eux, je ferme boutique », dit-il, sans détour. Les étrangers représentent 40 % de ses quelque cinquante salariés. Il y a Idriss et Hamadi, deux Mauritaniens, respectivement pâtissier et commis de cuisine, mais aussi Dieuvenor, un plongeur haïtien et Mamadou, un cuisinier malien… « Je ne les échangerais pas pour un Gaulois, ce sont des gars super. »

Les procédures de régularisation, Etienne Guerraud les connaît bien aussi. Combien de fois un salarié s’est présenté à lui, après plusieurs mois de contrat, pour lui avouer qu’il lui avait présenté à l’embauche la carte de séjour d’un autre et qu’en réalité, il est sans papiers ? On appelle cela travailler sous alias. A chaque fois, M. Guerraud a accompagné ses salariés tout au long de la fastidieuse et incertaine procédure de régularisation par le travail.

Selon la circulaire ministérielle de 2012, dite Valls, qui fixe les critères selon lesquels un préfet peut exceptionnellement accorder un titre de séjour à un travailleur, celui-ci doit présenter vingt-quatre feuilles de paie, être présent en France depuis au moins trois ans et présenter une promesse d’embauche. Un peu plus de 8 000 personnes en ont bénéficié en 2021.

« Permettre un traitement plus rapide des régularisations »

Rien de simple. Dieuvenor, le plongeur haïtien de 30 ans, qui réunit toutes les conditions de régularisation depuis juin 2021, n’a obtenu un rendez-vous à la préfecture des Yvelines qu’en décembre 2022 pour déposer sa demande de titre de séjour. Il lui faudra attendre certainement plus d’un an avant d’avoir une réponse. D’ici là, il a « peur ». « On est au bout du bout, lâche Etienne Guerraud. Il faut simplifier les choses. »

C’est pour dénoncer cette ineptie et l’inaccessibilité des préfectures aux travailleurs étrangers que la CGT devait organiser, mercredi 29 juin, un rassemblement devant la direction générale des étrangers en France (DGEF) à Paris. Le syndicat veut « en finir avec le “bon vouloir” des préfectures » et que des régularisations puissent être enclenchées sur la simple présentation de preuves de travail. « Des pans entiers de l’économie ne fonctionneraient pas sans leur force de travail », insiste la CGT.

Ce discours, de plus en plus d’employeurs l’endossent. « La réalité c’est que tous les restaurateurs à Paris ont un travailleur sous alias, confie à son tour Jean Ganizate, cofondateur du groupe de restaurants Melt. Les Français ne veulent plus bosser dans les métiers difficiles. » M. Ganizate connaît bien la CGT qui l’a accompagné sur plusieurs dossiers de régularisation de commis sénégalais, papous ou bangladais. Aujourd’hui encore, il demande au syndicat de l’aider alors qu’un de ses sous-chefs, un Sri-Lankais en France depuis plus de dix ans, craint de basculer dans la clandestinité alors qu’il est sans nouvelle de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Jean Ganizate regrette que « tout ce qu’on propose [aux entreprises en besoin de main-d’œuvre] c’est de recruter des gens à l’étranger, de faire des demandes de visa. Vous devez monter tout un dossier et, si ça se trouve, le type que vous recruterez est nul. » Le restaurateur est convaincu qu’il faut « laisser des ouvertures » pour régulariser les travailleurs déjà présents sur le territoire. Le président du syndicat de l’hôtellerie-restauration GNI, Didier Chenet, ne dit pas autre chose.

Dans un secteur où le manque de main-d’œuvre est évalué à 360 000 salariés, lui plaide pour « ne pas fermer les yeux sur une situation que tout le monde connaît » et « permettre un traitement plus rapide des dossiers de régularisation de ceux qui sont dans les clous de la circulaire Valls ». Au ministère de l’intérieur, aucune réforme n’est à l’ordre du jour. « Si vous voulez rendre la circulaire Valls plus souple, les 42 % de gens qui ont voté Marine Le Pen ne vont pas comprendre, estime un ancien cadre de la DGEF. Il ne faut surtout pas la toucher. »

 « Les services de l’Etat n’acceptent plus de dérogation »

Quant à l’accès aux préfectures, le ministère de l’intérieur assure travailler à une amélioration mais « assume » de ne pas donner la priorité aux étrangers en situation irrégulière. Du reste, pour faire face aux pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, la Place Beauvau évoque la venue de travailleurs saisonniers, notamment du Maroc et de Tunisie.

Une solution qui ne séduit pas Laurence Fay, pépiniériste viticole en Savoie. Les collègues qu’elle connaît et qui ont l’habitude de faire venir des saisonniers du Maroc, « n’ont pas obtenu les permis de travail cette année ». Et puis, ajoute-t-elle, « on ne tombe pas toujours sur des personnes qui veulent travailler et il faut les loger, et moi, je n’ai pas la structure pour ça ». En revanche, Laurence Fay, qui a de grosses difficultés de recrutement depuis deux ans, connaît Shaban B., un Kosovar de 37 ans qui vient travailler chez elle depuis 2019 et qui est aujourd’hui sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF). « Je ne comprends pas pourquoi il n’est pas régularisé. Il ne rechigne jamais, il parle français, il participe à la vie locale. Il veut juste vivre normalement. »

Quand Shaban B. ne travaille pas chez Laurence Fay, il est employé par Philippe Grisard, un exploitant viticole qui a tout essayé pour faire lever l’OQTF de son ouvrier. Depuis la fin 2021 et jusqu’à aujourd’hui, il écrit des courriers à la préfecture où il dit avoir « vraiment besoin » des « compétences » et de la « qualification » de Shaban B. Il a fait appuyer sa demande par des syndicats de viticulteurs et des élus locaux, à l’instar de la députée (Les Républicains) de Savoie, Emilie Bonnivard. « Les services de l’Etat (…) n’acceptent plus de dérogation », lui a expliqué l’élue par courriel, fin mai, se disant « vraiment désolée » de n’avoir « aucune marge de manœuvre sur ce dossier ». Alors Philippe Grisard espère qu’il aura plus de chance avec un prochain préfet.

La problématique dont font état ces agriculteurs se retrouve un peu partout sur le territoire. Gabrielle Gramont, de la fédération des associations d’aide aux migrants du Pays basque et Sud-Landes Etorkinekin, a monté avec la Cimade un groupe de réflexion sur la « régularisation par le travail ». Elle est souvent contactée par des employeurs en recherche de travailleurs parmi lesquels un magasin Decathlon, une clinique psychiatrique, un groupement d’employeurs du bâtiment ou encore une société de transport routier.

Des patrons renoncent à pourvoir des postes

Le restaurateur Christophe Almodovar était prêt à prendre le risque de déclarer des sans-papiers pour « montrer à la préfecture qu’on a besoin de cette main-d’œuvre ». Mais ceux-là craignaient trop d’être contrôlés par la police. Alors il a démarré il y a un mois sa première affaire à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), Le Palmier, avec son meilleur ami André Despacha. Faute de recrues en cuisine, il ne peut pas ouvrir autant de jours qu’il voudrait. « C’est un manque à gagner », regrette-t-il.

Nombreux sont ceux qui ont dû renoncer à pourvoir des postes. Stéphane Rullier, patron d’une TPE qui installe des sonorisations et des éclairages dans les salles de spectacle en Ile-de-France, aurait voulu prendre comme apprenti Siradji, un Sénégalais qui suit un bac professionnel en électricité. Ses stages s’étaient « super bien passés ». « Il est bosseur, fiable, ponctuel », rapporte M. Rullier, alors que « beaucoup de jeunes sont orientés vers des métiers techniques qu’ils ne veulent pas faire ». Mais, en avril 2022, Siradji a reçu une OQTF. Les courriers de M. Rullier à la préfecture de Seine-Saint-Denis n’y ont rien changé. Il a renoncé à ce qui aurait pu lui permettre de répondre à de nouveaux marchés.

A des centaines de kilomètres de là, en Isère, Laurent Marmonier, patron de Maçonnerie Nature, cherche toujours à recruter un maçon spécialisé dans le bâti ancien. Egalement président du syndicat patronal du bâtiment Capeb Isère, il qualifie de « catastrophique » la perte de ces jeunes formés en France, protégés le temps de leur minorité mais à qui les préfets délivrent des OQTF dès leur majorité atteinte. Le vice-président du Medef dans le département, Romain de Tellier, abonde : « On a du mal à recruter dans tous les métiers. On cherche dans tous les sens. Voir un jeune partir parce qu’il est en situation irrégulière à ses 18 ans, c’est violent. Comment se fait-il qu’ils ne puissent pas rester alors qu’ils ont été accueillis, formés, intégrés ? »

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Ukraine: la délicate question d’un logement pérenne pour les familles réfugiées

Notre association suit ou accompagne, plusieurs familles à Domarin, à Saint Chef, à Bourgoin, à Val de Virieu. Beaucoup de ces familles ne souhaitent pas retourner en Ukraine, en tous cas à moyen terme.
Il va donc falloir rapidement trouver des logements dans le parc social pour la plupart d’entre elles, dont les solutions d’hébergement actuelles sont provisoires.

La préfecture de l’Isère, via la Direction Départementale du travail, de l’emploi et des solidarités (DDTES), a publié le 21 juin, une note à ce sujet, à destination des présidents de Communautés de Communes, mais qui ne lève pas toutes les interrogations, loin de là.

Nous avons interrogé les services de la Préfecture pour avoir des précisions:

  • A-t’on une vision sur la date de mise en place des services de France Horizon, qui devient l’interlocuteur pour les ménages non passés par le SAS à leur arrivée?
    • Par quel moyen pouvons-nous les contacter?
  • Ce courrier invite à orienter ces familles réfugiées vers les logements sociaux, si le séjour doit durer plus de 3 mois:
    • Pouvez-vous nous préciser quelle est la bonne porte d’entrée pour déposer un dossier de demande de logement. Surtout dans le cas où ces familles ne bénéficient pas d’un accompagnement par une assistante sociale?
  • Ils bénéficieront alors d’un accompagnement par les « opérateurs habilités Intermédiation Locative »:
    • Pouvez-vous nous préciser qui sont les acteurs IML du secteur? et Comment cette intervention va s’articuler avec l’action de France Horizon?

Nous sommes en attente des réponses; mais sans attendre, nous avons incité les familles à déposer une demande de logement social, en ligne ou en déposant le formulaire: Demande de logement social (Formulaire 14069*04)

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L’inconcevable retour des réfugiés syriens dans leur pays

La Croix, Jeudi 23 juin 2022 :

Une enquête menée par le Haut-Commissariat aux réfugiés montre que 93 % des Syriens exilés depuis la guerre dans les pays alentour ne prévoient pas de rentrer en Syrie dans l’année à venir.

Si quelques milliers d’Ukrainiens reprennent peu à peu le chemin de leur pays, quatre mois après l’invasion russe, les réfugiés syriens osent encore à peine envisager leur retour, onze ans après le début de la crise en Syrie. 92,8 % d’entre eux n’ont pas l’intention d’y rentrer dans les douze mois à venir, révèle une enquête récente du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Cette étude, la septième depuis 2017, montre que seulement 1,7 % des 2 800 réfugiés interrogés l’envisage et seul un tiers espèrent retourner en Syrie dans les cinq années à venir. Les inquiétudes sécuritaires et l’absence de moyens de subsistance sont les premiers freins au retour cités par ces Syriens, qui sont 6,7 millions à s’être exilés.

Le régime de Bachar Al Assad répète que les portes sont grandes ouvertes et que le pays est sûr, mais plusieurs ONG alertent régulièrement sur le fait que les autorités arrêtent, torturent ou font disparaître les réfugiés, rentrés volontairement ou non. Sur le plan économique, le pays sous sanctions est exsangue, la reconstruction tarde, et 90 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Une détresse humanitaire telle que 12,4 millions de Syriens ne mangent pas à leur faim. Dans le Nord-Est, qui échappe au contrôle de Damas, la situation sécuritaire et humanitaire compromet aussi toute velléité de retour.

Dans de telles conditions, de plus en plus de réfugiés syriens interrogés (77 % contre 69 % auparavant) affirment vouloir rester dans leur pays d’accueil, malgré une animosité qui va crescendo à leur égard. Le Liban, qui a reçu le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde, menace d’expulser le 1,5 million de Syriens qu’il héberge si la communauté internationale ne l’aide pas à les rapatrier. En Turquie, où l’inflation atteint 70 %, Recep Tayyip Erdogan a annoncé début mai qu’il préparait, sur la base du volontariat, « le retour de 1 million » de Syriens chez eux, sur les 3,7 millions accueillis. La question est éminemment politique avant la présidentielle de juin 2023. Ankara lorgne le Nord-Ouest syrien, où l’armée déploie ses troupes et menace d’intervenir contre les Kurdes pour y installer ces réfugiés syriens.

Le HCR, qui estime que le niveau d’instabilité en Syrie ne permet pas un retour massif, exhorte la communauté internationale à maintenir son soutien aux pays d’accueil. Mais la générosité des donateurs s’émousse : la sixième conférence des donateurs organisée en mai a permis de mobiliser 6,7 milliards de dollars pour 2022-2023, loin des 10,5 milliards escomptés.

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Drame dans l’enclave espagnole de Melilla au Maroc : nouveau bilan de 23 migrants morts

Les victimes ont trouvé la mort en chutant de la clôture de fer qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain. Cette tentative d’entrée de 2 000 migrants est la première depuis la normalisation des relations entre l’Espagne et le Maroc, en mars.
(Le Monde 25 juin 2022)

Vingt-trois migrants ont péri lors d’une tentative d’entrée de près de 2 000 clandestins d’origine d’africaine, vendredi 24 juin, dans l’enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc, selon un bilan actualisé publié samedi soir par les autorités locales marocaines.

« Cinq migrants sont décédés, ce qui porte le bilan à vingt-trois morts », a rapporté à l’Agence France-Presse (AFP) une source des autorités de la province de Nador, précisant que « dix-huit migrants et un membre des forces de l’ordre restent sous surveillance médicale ». Le précédent bilan officiel faisait état de dix-huit morts.

Situées sur la côte nord du Maroc, Melilla et l’autre enclave espagnole de Ceuta sont les seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le continent africain et font régulièrement l’objet de tentatives d’entrée de la part de migrants cherchant à rejoindre l’Europe.

Tensions entre le Maroc et l’Espagne

Cette tentative d’entrée massive a commencé vers 6 h 40 lorsqu’un groupe de « près de 2 000 migrants (…) a commencé à s’approcher de Melilla », selon la préfecture. « Plus de 500 » d’entre eux, « provenant de pays d’Afrique subsaharienne », ont ensuite forcé l’entrée du poste frontalier avec « une cisaille », a ajouté la préfecture, selon laquelle 133 sont parvenus à rentrer.

Les victimes ont trouvé la mort « dans des bousculades et en chutant de la clôture de fer » qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain, lors d’« un assaut marqué par l’usage de méthodes très violentes de la part des migrants », a précisé la même source.

Cette tentative d’entrée massive dans l’une des deux enclaves espagnoles est la première depuis la normalisation mi-mars des relations entre Madrid et Rabat, après une brouille diplomatique de près d’un an. La crise entre les deux pays avait été provoquée par l’accueil en Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, en avril 2021, pour y être soigné du Covid-19.

Elle avait eu pour point culminant l’entrée en mai 2021 de plus de 10 000 migrants en vingt-quatre heures à Ceuta, à la faveur d’un relâchement des contrôles côté marocain. Madrid avait alors dénoncé une « agression » de la part de Rabat, qui avait rappelé son ambassadrice en Espagne. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a mis fin à cette brouille en soutenant publiquement le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée à 80 % par Rabat mais revendiquée par le Polisario, soutenu par l’Algérie. Début avril, le roi Mohammed VI avait reçu M. Sanchez à Rabat pour sceller cette réconciliation.

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Futurs parlementaires, il y a urgence à changer de politique à l’égard des personnes réfugiées et migrantes

par Henry Masson(Président de La Cimade)
et Fanélie Carrey-Conte(Secrétaire générale de La Cimade)        (Le Monde 16062022)

Alors que les politiques depuis cinq ans ont conduit au renforcement de la militarisation des frontières et au durcissement des conditions de vie des personnes migrantes, les responsables de la Cimade, Henry Masson et Fanélie Carrey-Conte, appellent les futurs députés, dans une tribune au « Monde », à revenir aux principes et droits fondamentaux.

Que souhaiter de la nouvelle Assemblée nationale qui sera élue à l’occasion du scrutin des 12 et 19 juin ? Un véritable et profond changement des dogmes qui commandent la politique migratoire de notre pays. Ceux retenus aujourd’hui, ici comme en Europe, sont inadaptés à l’état actuel du monde. Ils conduisent pour les personnes réfugiées et migrantes à plus d’injustice, plus de danger et encore moins de dignité.

« Maîtriser les flux », « renforcer les contrôles et la surveillance » pour mieux « protéger nos frontières », « empêcher les départs », « contrôler, enfermer et atteindre de bons objectifs en matière d’expulsion »… Tels sont en effet les mantras développés ces dernières années, en décalage avec la réalité du monde et les raisons profondes des migrations.

Car rien n’empêchera des personnes au désespoir de quitter leur pays, même au péril de leur vie. Le renforcement de la militarisation des frontières n’a d’autre conséquence que l’augmentation de la dangerosité des parcours : quand allons-nous cesser de tolérer que des milliers de personnes meurent chaque année sur les routes de l’exil vers l’Europe ? Qu’aujourd’hui les frontières tuent, même en France ?

 

Une dégradation de la situation

A cela se sont ajoutées, ces cinq dernières années, des décisions durcissant les conditions de vie des personnes migrantes en France : harcèlement et expulsions incessantes – à Calais ou ailleurs, augmentation à quatre-vingt-dix jours de la durée maximale de rétention administrative des étrangers, familles et enfants toujours enfermés en centres de rétention, accès rendu de plus en plus difficile aux préfectures, délai de carence pour bénéficier de l’aide médicale d’Etat…

Le fameux poncif affirmant concilier « humanité et fermeté » est en réalité une remise en cause du respect inconditionnel de la dignité et des droits fondamentaux des personnes : en la matière, il n’y a pas de « en même temps » qui tienne, mais bien des principes et des droits à défendre et à faire respecter.

Il y a donc urgence à changer de regard, à changer de politiques. Le puissant élan de solidarité lancé en direction des personnes fuyant la guerre en Ukraine a montré qu’il était possible d’agir avec volontarisme pour accueillir des réfugiés. Pourquoi ne pas en faire un levier pour construire en France une véritable société de l’égalité et de l’hospitalité, sans distinction d’origine, de couleur de peau, de religion… ?

 

Pour une société de l’accueil inconditionnel

Cela doit passer notamment par la mise en œuvre des mesures suivantes, que nous incitons les futurs parlementaires à défendre, au Parlement comme dans le débat public national et européen :

  • la régularisation large et durable des personnes sans-papiers ;
  • un accueil digne et solidaire à nos frontières ;
  • un droit d’asile européen véritablement protecteur ;
  • un accès effectif de toutes et tous aux procédures administratives en préfecture, une alternative systématique à la dématérialisation ;
  • une protection de tous les enfants étrangers ;
  • une fermeture des lieux d’enfermement spécifiques aux personnes étrangères.

Une société de l’accueil inconditionnel, où l’on fait primer l’humanité sur le statut administratif, comme le dit notre mot d’ordre « humain avant tout », c’est une chance pour un monde plus juste pour toutes et tous. C’est possible, c’est indispensable. Mobilisons-nous pour la faire advenir.

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La Cimade: 20 juin, journée mondiale des réfugié.e.s

Ce 20 juin marque la journée mondiale des réfugié·e·s. Une date symbolique qui est l’occasion de rappeler les difficultés auxquelles sont confrontées, dans notre pays, les personnes exilées.

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe le 24 février dernier a poussé 5 millions de personnes à fuir en Europe. Le Conseil de l’Union européenne a décidé d’appliquer la protection temporaire ; une première depuis sa création il y a 21 ans. Ce dispositif donne un droit au séjour, au travail, au logement, à une allocation et à la formation linguistique. Une aide essentielle pour les personnes fuyant un conflit et cherchant protection. Mais toutes les personnes exilées ne sont pas logées à la même enseigne. 

La mise en œuvre de la protection temporaire montre que l’on peut, si on le veut, mettre rapidement en place des conditions d’accueil dignes des personnes nécessitant protection. Par contraste, les personnes fuyant les conflits d’Afghanistan, d’Ethiopie, de Syrie sont quant à elles soumises au règlement Dublin*, à l’examen accéléré de leurs demandes ou à des conditions d’accueil bien moins favorables. 

Il est temps d’en finir avec ces logiques d’accueil qui aujourd’hui ne considèrent pas de la même manière toutes les personnes cherchant une protection sur le sol européen. 

Cette situation inacceptable nous pousse  à renforcer notre mobilisation et à faire appel à votre générosité durablement par un don mensuel pour soutenir nos actions d’accompagnement des personnes exilées et de plaidoyer auprès des pouvoirs publics français et européens en faveur d’un droit d’asile véritablement protecteur pour toutes les personnes le nécessitant

Ces injustices doivent cesser et vous pouvez y contribuer. Avec un don régulier, faites entendre toute l’année la voix de l’humanité !