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Près de 80 millions de réfugiés et déplacés dans le monde en 2019, en cinq graphiques

Le Monde – Publié le 18 juin 2020

Les chiffres du Haut-Commissariat aux réfugiés montrent qu’au cours de la dernière décennie le nombre de personnes déracinées par les conflits et les persécutions a presque doublé. Plus de la moitié des personnes déplacées en 2019 sont restées dans leur propre pays. Elles ont fui un conflit tout en restant à l’intérieur des frontières de leur pays. 5 graphiques très lisibles!

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La France ne peut se dérober à ses responsabilités en Méditerranée.

(La Croix, Mercredi 24 juin 2020)

La France a vocation à être exemplaire dans la définition et l’application d’une politique migratoire généreuse. Or, depuis une vingtaine d’années, les gouvernements successifs ont échoué à déployer une stratégie conforme à l’idéal d’une nation ouverte et humaniste.

Historiquement, la France est un formidable creuset migratoire. On ne compte plus les communautés d’étrangers, parmi lesquels les Italiens, qui ont fait ce pays.

Géographiquement, disposant d’un territoire à la densité de population plus faible que celle de ses voisins du G7 (l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie), la France compte de nombreuses contrées en quête d’une revitalisation démographique.

Philosophiquement, la France se revendique comme le berceau des Lumières, prônant un universalisme et un humanisme qui, greffés dans le socle civilisationnel judéo-chrétien, amènent vers le respect et l’accueil de l’étranger.

Diplomatiquement, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France est très tournée vers les grandes questions géopolitiques de l’époque, dont le défi migratoire planétaire.

La France ressemble donc bien au portrait-robot de la nation ayant vocation à devenir exemplaire et innovante dans sa politique d’accueil.

Pourtant, on le sait, la réalité est bien moins idyllique. Il est triste de lire que le plus grand regret politique de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing est d’avoir accordé le regroupement familial aux immigrés de façon inconditionnelle…

Il est surtout désolant de constater que la France peine à déployer les moyens nécessaires pour trouver une solution durable au drame des réfugiés africains et asiatiques amassés tout autour du littoral de Calais, le long du boulevard périphérique nord parisien, ou à la frontière avec l’Italie.

Devenus chroniques, des brasiers humanitaires aussi insupportables renforcent l’impression que les gouvernements français de ces vingt dernières années ont parfois dévoyé leurs valeurs républicaines en se fabriquant de faux alibis. Sans cesse relancé et tournant bien souvent en rond, le débat sur l’opportunité ou pas d’avoir des quotas de migrants a pu ressembler à un écran de fumée.

Pourtant, par exemple, en commençant à répondre à l’appel de la communauté de Sant’Egidio pour ouvrir des corridors aériens humanitaires à partir des camps de réfugiés syriens au Liban, la France a déjà prouvé qu’elle peut être efficace et pragmatique, si elle le veut.

Aujourd’hui, le président Emmanuel Macron sait que son ambition de relancer la construction européenne est vouée à l’échec s’il ne prend pas à bras-le-corps l’urgence humanitaire en Méditerranée. Urgence, d’ailleurs, à l’origine de tant de crispations entre Paris et Rome.

Certes, la montée constante de l’extrême droite et des populismes a certainement conditionné la politique migratoire des gouvernements français de ces vingt dernières années. Mais pour autant, la peur d’être soi-même, à savoir une nation ouverte et humaniste, n’a jamais vaincu la xénophobie.

La France est attendue par ses voisins sur ce front où se joue l’honneur de l’Union européenne. Avec une certitude à la clé : la tentation de se dérober à ses responsabilités en Méditerranée est pour la France l’ennemi le plus sournois à vaincre. Sans tarder.

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vu du Portugal: Régularisation temporaire pour les immigrés

À l’abri d’une décision exceptionnelle, les immigrés ayant déjà entamé les démarches de régularisation avant la crise sanitaire bénéficient d’une régularisation temporaire.
(Marie-Line Darc – La Croix du 4/5/2020)

Braier est en télétravail pendant le confinement. Ce jeune Brésilien, ingénieur en informatique, a, dit-il, la chance d’avoir un « chez-lui ». Arrivé au Portugal en février 2019, Braier a entamé aussitôt les démarches pour la régularisation de sa situation car il avait déjà un emploi. S’en est suivie une difficile bataille pour obtenir un numéro de sécurité sociale, bien que lui-même et son employeur cotisent.

Son dossier pour l’obtention de l’autorisation de résidence a fini par être bouclé. Il ne lui manquait plus que la dernière étape, obtenir l’accord final du service d’immigration (SEF). « C’est un peu curieux. Je ne suis ni légal, ni illégal. Mais je ne peux pas prendre le risque de sortir du Portugal pour aller voir ma famille au Brésil. Ils pourraient ne pas me laisser rentrer. » Le jeune homme se félicite de la décision des autorités portugaises, qui permet aux immigrés de bénéficier des aides sociales ou financières mises en place pour faire face à l’épidémie de coronavirus.

Même constat pour Camila Grimaldi. « Je travaillais dans une agence d’événementiels. Mais tout s’est arrêté avec l’épidémie. La mesure de régularisation me permet d’actionner les aides pour les travailleurs indépendants bien que je sois étrangère », explique cette autre jeune Brésilienne, étudiante en master d’art à la faculté de Lisbonne. L’arrêté ouvre l’accès aux compensations financières en cas de perte d’emploi ou de garde d’enfants en raison de la fermeture des écoles, mais également aux allocations de chômage et à la couverture sociale.

La démarche est saluée par les associations d’aide aux immigrés. « Elle permet d’intégrer une population d’habitude oubliée dans le discours politique. C’est une attitude unique en Europe. Mais nous ne pouvons oublier que la mesure est limitée dans le temps », dit Cynthia de Paula, présidente de l’association Casa do Brasil. Les Brésiliens constituent la première communauté étrangère au Portugal. Ils sont souvent employés dans les commerces et les services, dans le tourisme.

D’autres communautés sont moins visibles, comme celles des travailleurs agricoles dans le centre et le sud du Pays, parmi lesquelles des cas de Covid-19 ont été identifiés. Les ONG et les associations auraient aimé une extension de la mesure de régularisation à tous, même s’ils sont au tout début de leur démarche. « La mesure répare une sorte d’injustice. En 2018, l’État a engrangé 750 millions d’euros de cotisations sociales de la part des immigrés, mais ne leur en a redistribué que 96 millions d’euros aux titres des allocations sociales », explique Aurélie Rosado, juriste, qui travaille à l’association Renovar a Mouraria. Sauf décision contraire d’ici là, le décret du 27 mars 2020 sera caduc au 30 juin 2020. Il faudra ensuite reprendre le cours chaotique de la demande de régularisation.

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Les sans-papiers de France, ces invisibles des activités essentielles

Les migrants sans titre de séjour sont nombreux dans les secteurs qui font tourner l’économie, en cette période de coronavirus.
(Nathalie Birchem – La Croix – 4 mai 2020)

Appelons-le Djbril. Tous les jours, accroché derrière un camion poubelle, il collecte les ordures ménagères des habitants de l’Essonne. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, ce jeune intérimaire malien, arrivé en France en 2018, est particulièrement demandé. « Les salariés embauchés ont pris des jours des congés depuis la maladie, alors nous, les intérimaires, on a beaucoup de travail, explique-t-il. Et dans mon équipe, on est une majorité à ne pas avoir de papiers. »

Comme Djibril, qui travaille sous une fausse identité, les migrants sans titre de séjour sont particulièrement nombreux dans ce qui s’est révélé être des activités essentielles pour le pays, de l’agriculture à l’agroalimentaire, en passant par la propreté, la logistique, le gardiennage, etc. Or, estime Marilyne Poulain, qui pilote le Collectif migrants à la CGT, « les employeurs les utilisent comme des variables d’ajustement ».

« Dans la restauration ou le bâtiment, à l’arrêt durant le confinement, un grand nombre de travailleurs sans papiers se retrouvent sans salaire, poursuit-elle. Mais dans beaucoup de secteurs, ils sont au contraire en première ligne. »« Dans la livraison à vélo, on est tous micro-entrepreneurs et un certain nombre d’entre nous ont bénéficié de l’aide de l’État et se sont arrêtés. Du coup, en ce moment, les plus précaires, et en particulier les sans-papiers, sont surreprésentés », explique Arthur Hay, secrétaire général CGT des coursiers de Gironde.

Souvent, ces travailleurs supplétifs, qui ne peuvent recourir au droit du travail, ne sont pas récompensés de leurs efforts. « Ce mois-ci, on n’a pas été payés pour toutes nos heures », assure Djibril. « Chez les coursiers à vélo, il existe un tas de gens qui sous-louent leur compte à des sans-papiers. Il est fréquent qu’ils ne paient pas ce qu’ils doivent ou disparaissent au moment de payer », ajoute Arthur Hay.

Sous-payés, ces invisibles sont aussi souvent sous-protégés. « Les deux premières semaines, on n’avait ni masques ni gants, maintenant on a des masques mais pas assez pour les changer toutes les heures », confirme Djibril. « Il y a dix jours, on a eu un accident du travail sur un chantier, raconte Marilyne Poulain, à la CGT. Le patron n’avait pas le droit de faire travailler des salariés, mais il a fait venir des sans-papiers qui dormaient sur place. L’un a reçu une machine sur la tête et s’est retrouvé dans le coma. »

« Il faut reconnaître la place essentielle de ces travailleurs dans les activités indispensables, et leur donner des droits qui leur permettent de sortir de la marginalité », estime de son côté Frédéric Sève, secrétaire national CFDT. Ce dernier a signé un appel à régulariser les travailleurs sans papiers avec Marilyne Poulain, ainsi que Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de solidarité et Pascal Brice, ex-patron de l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides